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Mercredi 13 mars 2013 3 13 /03 /Mars /2013 19:49

 

Fast and furious

 

La voiture dIntisarIntisar a 27 ans et son espace de liberté elle le trouve au volant de sa Corolla qu'elle a flanquée de deux bandes jaunes pour lui donner un « air plus sport ». Son dada ? Les excès de vitesse et faire la nique aux hommes sur leur propre terrain de jeu. Dans un pays où l'existence de la femme est soumise aux desiderata de la gente masculine, la route est devenue son arène.

 

«  Au Yémen, une femme qui fume des cigarettes, elle est vue un peu comme une pute. »

 

Son impertinence se décline aussi dans un franc-parler délicieusement féroce.

Le niqab ? Un truc « qui n'a rien à voir avec la religion, une invention récente, un cadeau des saoudiens ».

Elle inventorie tout au long de l'ouvrage la série d'impasses auxquelles elle et ses coreligionnaires sont soumises. Intisar est infirmière, et après une opération compliquée elle file dans un bureau désaffecté pour fumer une cigarette à l'abri des regards. Parce qu'une « femme qui fume des cigarettes, elle est vue un peu comme une pute ».

Elle ne cesse de brocarder les hommes qui brandissent invariablement le mot « respect » ou « honneur » pour justifier les entraves qu'ils mettent aux femmes. Ces dernières sont d'ailleurs considérées comme mineures et dépendent d'un Wali, un gardien. « Le terme donne une idée de ses attributions » et de son pouvoir discrétionnaire.


Inti 1

« C'est peut-être que chez vous il n'y a rien de vraiment sacré, d'intouchable. »

 

Cette série d'anecdotes judicieusement assemblée, permet de se faire une idée du quotidien et des aspirations d'une certaine frange de la population yéménite, mais pas seulement. Intisar confronte aussi son lecteur à des questions d'un autre ordre. Notamment lorsqu'elle se demande pourquoi, au nom du principe de précaution, le gouvernement britannique a annulé tous les vols Londres-Sanaa. « D'accord, un nigérian a été repéré avec une bombe à Amsterdam, mais quel est le rapport ? C'est d'une logique implacable pas vrai ?»

Son incompréhension est la même quand la grande majorité des européens a défendu la publication des caricatures de Mahomet. Même si elle condamne les déferlantes intégristes que cela a provoqué, elle se demande réellement ce qu'on y gagne. « C'est peut-être que chez vous il n'y a rien de vraiment sacré, d'intouchable. Ou peut-être qu'en fait ce qu'il y a de vraiment sacré c'est la liberté d'expression... » Des réflexions qui méritent qu'on s'y attarde.

inti-2.jpg

Cet ouvrage est la synthèse de 40 entretiens dont Intisar est l'aboutissement. Ce personnage fictif cristallise tous les écueils (bien réels ceux-ci) auxquels doivent faire face les femmes yéménites. Attention, qu'on ne se méprenne pas ce livre n'est nullement misérabiliste, au contraire, il s'y dégage une lucidité et une ironie délicieuses.

 

Agathe Morier 

 

M.I.A -Bad girls-


 

 * Pedro Riera est né à Barcelone en 1965 et est diplomé en Sciences de l'information. En 1997, il est parti vivre en Bosnie-Herzégovine, où il a travaillé pendant deux ans comme producteur, réalisateur et scénariste des campagnes de télévision et de radio d'une organisation internationale. Il a écrit deux romans inspirés de son expérience dans les Balkans, Heridas de guerra (2004) et Un alto en el campo delosmirlos (2005). 

 

** Dessinateur, scénariste de bande dessinée, et illustrateur, Nacho Casanova est né à Saragosse en 1972. Son fanzine Como Vacas Mirando el Tren a reçu en 1999 le Prix du Meilleur Fanzine du Saló Internacional del Còmic de Barcelone. 

Par Tohu-bohu au Moyen Orient
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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 21:06

 

 

M'as-tu vu en niqab?

 

 

Femmes du YémenLe dernier numéro de la revue XXI –dont il n’est plus nécessaire de vanter les mérites- publie un  récit graphique d’une trentaine de pages sur les ‘Femmes du Yémen’. Une plongée instructive et feutrée au cœur d’un gynécée contemporain.


Femmes chauves-souris

 

Lorsque la photographe Agnès Montanari* arrive dans la capitale du Yémen, elle est envoutée par  « la beauté immobile » d’une ville au charme suranné, semblant tout droit sortie d’un autre âge.  Une « Venise d’argile »,  où des silhouettes sombres se meuvent aux côtés d’hommes portant encore les agréments du costume traditionnel.  Mais que cache ce niqab, derrière lequel toutes les femmes semblent identiques et désincarnées ?  Agnès Montanari  décide de suivre une de ces ombres flottantes et de lever le voile sur ces femmes déroutantes.


Lever de rideau


Car derrière les représentations hâtives d’un Occident toujours prompt à juger à l’aune de références qui lui sont propres, on découvre la complexité qui se dissimule derrière cette uniformité d’apparence.  Aussi, si l’habit ne fait pas le moine, le niqab ne saurait réduire la femme yéménite à un  fantôme  assujetti. 
 Ainsi nous suivons Aïcha, cette étudiante qui hésite à épouser un homme dont elle craint qu’il ne la contraigne à abandonner toute velléité professionnelle. Elle refuse ainsi de jouer un rôle qui semblait être écrit à l’avance.  Hamedda, elle, fait la une du Yemen Times. Cette reine de Saba contemporaine, est une femme d’affaires culottée, qui a su s’imposer dans un monde masculin en se moquant du qu’en dira-t-on.  Chacune essaie, à sa manière, d’affirmer son individualité en rompant avec les traditions.


La menace fantôme


Justement, les traditions, parlons en car elles ont la peau dure au Yémen.  Si le niqab est indéniablement lié au religieux il permet également de passer « inaperçue ».


Niqab ok

Dans une phallocratie où les hommes se sentent de plus en plus dépossédés par les femmes éclairées, le « porter permet de détourner l’attention». Se dérober aux yeux du monde permettrait à ces femmes de mener discrètement leur révolution silencieuse. Car les études, l’exercice d’une activité professionnelle, demeurent des symboles de virilité au même titre que le djambia, le couteau à pointe courbe, que les yéménites portent à la ceinture.


Le problème est peut-être là d’ailleurs, dans cette persistance d’un patriarcat monolithique  en totale inadéquation avec le monde contemporain. Car le Yémen n’est pas épargné par une mondialisation qui bouscule les dynamiques économiques et sociales.  A travers ce récit, on comprend qu’un changement de taille est en train de s’opérer en Arabie Heureuse,  les femmes en sont les porte-drapeaux subtils et silencieux. Et les hommes dans tout ça ? Ils « devront s’habituer » car « de toute façon, ils n’ont pas le choix… »

 

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Agathe Morier

 

  ELI- Yemen Blues-


 

* Agnès Montanari est juriste de formation. Depuis une dizaine d'années elle sillonne le monde et l'imprime sur pellicule. Après ces 3 mois passés au Yémen elle demande à l'illustrateur Ugo Bertotti de traduire son expérience en images.

 

 

 


Par Tohu-bohu au Moyen Orient
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 20:00

 

C'est comment la théocratie ?

 

 

mOLLAHS.png Les deux 'L' de mollahs, représentés par des minarets onduleux, sont comme la métaphore d'une théocratie sournoise. Puis il y a ce visage peu engageant d'un vieux type au regard torve qui semble nous signifier que si nous décidons d'entrer 'au pays des Mollahs', on a tout intérêt à se tenir à carreau. Alors forcément on hésite un peu, effrayé à l'idée de devenir le spectateur passif d'un pays insensé , muselé par la religion.

 

Démocrate contre illuminé ?

 

Le livre commence par un incident naval dans le Golfe persique. Des navettes iraniennes pénètrent dans les eaux internationales et vont, par provocation, narguer un porte-avion américain.

Un jeu qui va rapidement tourner au vinaigre car tout le monde va y casser sa pipe. Voilà ce qu'il en coûte de vouloir « saluer les amerloques » . Seul Hadji, chef de la milice islamique bassidji (1) va lamentablement s'échouer sur une île dont l'unique habitant est un journaliste aux idées libérales. C'est dans ce huis-clos de cohabitation contrainte que les deux protagonistes vont commencer à échanger.

Cette rencontre fortuite paraît d'abord un peu caricaturale. On appréhende des dialogues trop tranchés où un pédagogue suintant d'humanisme parviendrait à rallier à sa cause un illuminé un peu fruste. Mais rapidement la narration s'affine, les personnages se font plus complexes et le manichéisme tant redouté s'estompe.

 

Un Iran méconnu

 

A travers les conversations des deux personnages H.R Vassaf*se fait le porte-drapeau d'un Iran méconnu. Les arcanes de la politique y sont disséqués et les violentes absurdités qui en découlent sont abordées sans complaisance. Il nous donne à voir une réalité crue, servit par un graphisme franc, un noir et blanc implacable jouant sur les ombres. Le clair-obscur permet d'accentuer et de dissimuler à l'envi, au gré des situations.

Ce roman graphique, à mi-chemin entre ouvrage didactique et feuilleton romanesque est riche en informations. Les profanes auront peut-être du mal à s'y retrouver, rétifs à l'idée de plonger leur nez dans une politique tortueuse. Qu'ils se rassurent, les six dernières pages de l'ouvrage, intitulées « Lisez ce qui n'est pas un conte mais appartient bien à l'histoire réelle des iraniens » se proposent d'expliquer, en deux temps trois mouvements, quelques pans de l'histoire iranienne. Et puis pour ceux qui ne sont toujours pas convaincus et bien, que voulez vous que je vous dise ? Prenez le Lewis Caroll, vous ne risquerez rien au pays des merveilles...

 

 

Agathe Morier

 

EKHTELAF -Hichkaf-

 

 

  *Hamid-Reza Vassaf est né à Téhéran en 1970. Graphiste renommé en Iran il a publié de nombreux articles et livres illustrés. Exilé en France depuis 2006, il repart de zéro en préparant un doctorat d'Histoire de l'art à Lyon.

 

(1)Force paramilitaire iranienne fondée par l'ayatollah Khomeini en 1979.

 

 

Par tohu-bohu-en-orient
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 13:55

 

Le roman-feuilleton de la Maison jaune

 

 

La curieuse progéniture littéraire de Jacques Jouet et Zeina Abirached est née d'une performance réalisée à Beyrouth en 2009. Un huis-clos déroutant qui a pour cadre la Maison jaune.

 

 

9782916589664[1]Cet OVNI littéraire est le fruit d'une performance menée à Beyrouth en avril 2009. L'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice libanaise Zeina Abirached furent mis au défit de réaliser en direct et en public un roman-feuilleton de vingt-quatre épisodes. Ces trois jours de labeur devaient sonner le coup d'envoi du projet franco-libanais de réhabilitation de la Maison jaune, symbole architectural et historique de la ville de Beyrouth.

 

 

La singulière rencontre de deux univers

 

La truculente Agatha de Win'theuil, présidente de la patrie imaginaire du Monde-Mondes, change de patronyme pour l'occasion et enfile celui d'Agatha de Beyrouth. Ainsi nommée, l'héroïne de Jacques Jouet* rencontrera les personnages du '38 rue Youssef Semaani' de Zeina Abirached**. A savoir Chucri et ses ''moustaches en aubergine''et cette vieille branche d'Ernest Challita.

Agatha de Beyrouth a une lubie, pénétrer dans la Maison jaune. Cet immeuble qui exhibe impunément des béances grosses comme le poing, suscite en elle une émotion qui la bouleverse autant que si on lui brandissait sous le nez un ''moignon de gueule cassée''.

Commence alors une histoire dans laquelle la Maison jaune devient le réceptacle de ses souvenirs les plus enfouis.

 

Une expérimentation littéraire déroutante

 

On est d'abord séduit par la fantaisie de ce petit livre au format à l'italienne.

Jacques Jouet, membre éminent de l'OuLipo se joue comme il se doit des structures langagières. On se délecte des trouvailles stylistiques et de la cocasserie tragicomique des situations. Mais l'expérimentation littéraire, quand elle devient systématique, épuise. A trop en faire, Jacques Jouet prend le risque d'agacer les lecteurs avec un texte, certes amusant, mais un peu trop baroque.

Quant à Abirached, elle adopte ici une technique de dessin beaucoup plus minimaliste que dans ses précédents albums. La contrainte de la performance, devoir griffonner tout de go des esquisses répondant au texte de Jacques Jouet, donnent malheureusement un sentiment d'inachevé.

 

La Maison jaune: fragment d'une Histoire?

 

Cet ouvrage a tout de même le mérite d'attiser la curiosité du lecteur à propos d'une Maison Jaune qui ''aurait beaucoup de choses à raconter à ceux, qui l'écouteraient.'' Car ce que suggère le texte à mots couverts c'est la préservation de la mémoire. L'immeuble Barakat fait d'ailleurs l'objet d'un projet ambitieux, à savoir sa réhabilitation en musée de l'Histoire de la capitale libanaise. Une initiative qui permettrait ainsi à Beyrouth de disposer d'un lieu d'échange et de réflexion autour de la mémoire et de la conservation du patrimoine.

A moins que vous eussiez préféré ''que semblable au gazon d'Attila, rien ne repousse plus dans la Maison jaune?'' Non, bien sûr que non...

 

Agathe Morier

 

Ouvroir de Musique Potentielle:

MICRO MEGA ANNEX 6 -Sylvain Chauveau- (OuMuPo 2 album)

 

 

 

* Jacques Jouet est un poète, essayiste et romancier né en France en 1947. Son roman-feuilleton 'La République de Mek-Ouyes' a été publié chez P.O.L. Il est également membre de l'OUvroir de LIttérature Potentielle depuis 1983. Il participe régulièrement à l'émission radiophonique Des papous dans la tête sur France Culture.

 

** Zeina Abirached est née à Beyrouth en 1981. Après avoir intégré l'Ecole nationale des arts décoratifs de Paris elle se lance dans la bande dessinée. Elle est l'auteure de 'Beyrouth-Carthasis', '38, rue Youssef Semaani' et 'Mourir,partir,revenir-Le Jeu des hirondelles'.

 

Article publié dans 'l'agenda culturel' le 03/11/2011

 

Par tohu-bohu-en-orient
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Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 21:25

Israël pour les nuls?

glidden Quand on tombe sur la bd de Sarah Glidden on est indéniablement chatouillé par le désir de l’ouvrir. On prend le titre au pied de la lettre, on pense presque avoir affaire à un manuel illustré permettant (enfin!) de comprendre sans se fatiguer les arcanes politiques, identitaires et conflictuelles d’un pays qui suscite les émotions les plus vives.

Par le biais d’un programme mondial (le Taglit) destiné à faire découvrir Israël aux jeunes juifs de la diaspora, notre jeune américaine décide d‘entreprendre le voyage afin de connaître « une bonne fois pour toute la vérité que cache ce sacré bazar ».

Convaincue de participer à un voyage organisé aux velléités propagandistes, Sarah Glidden* est prête à en découdre. Sa perception de la judéité rejoint celle de Mélanie Klaye qui « voit Israël comme une sorte d’oncle déglingué…quelqu’un sur qui nous n’avons aucune emprise mais dont nous nous sentons un peu responsables. Le rejeter publiquement reviendrait à admettre la honte qu’il cause à la famille. »

En arrivant sur place, Sarah ne cesse de se heurter à la complexité d’une situation qui n’a rien de manichéenne. Carrefour antédiluvien des trois religions monothéistes où les imaginaires frayent avec une réalité douloureuse, l’auteure doit soudain composer avec des émotions contradictoires.
 
Et puis être pro-palestinienne ou pro-israëlienne perd de sa substance logique car cela supposerait de s’aliéner une partie des esprits. Qui a tort? Qui a raison? Tout le monde? Personne? Sarah a un point de vue constitué de multiples points de vue « mais ne sait pas encore vraiment en quoi il consiste et ne le saura peut-être jamais »

Nous non plus d'ailleurs....On se demande benoîtement s'il n'est pas possible d'être simplement pro-paix et anti barbarie....


Agathe Morier

 

THE JEW IN JERUSALEM -Yom-

 



* Sarah Glidden est née à Boston en 1980. ‘Comprendre Israël en 60 jours (ou moins)‘est son premier roman graphique.


 

Par tohu-bohu-en-orient
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