Fast and furious
Intisar a 27 ans et son espace de liberté elle le trouve au volant de sa Corolla
qu'elle a flanquée de deux bandes jaunes pour lui donner un « air plus sport ». Son dada ? Les excès de vitesse et faire
la nique aux hommes sur leur propre terrain de jeu. Dans un pays où l'existence de la femme est soumise aux desiderata de la gente masculine, la route est devenue son arène.
« Au Yémen, une femme qui fume des cigarettes, elle est vue un peu comme une pute. »
Son impertinence se décline aussi dans un franc-parler délicieusement féroce.
Le niqab ? Un truc « qui n'a rien à voir avec la religion, une invention récente, un cadeau des saoudiens ».
Elle inventorie tout au long de l'ouvrage la série d'impasses auxquelles elle et ses coreligionnaires sont soumises. Intisar est infirmière, et après une opération compliquée elle file dans un bureau désaffecté pour fumer une cigarette à l'abri des regards. Parce qu'une « femme qui fume des cigarettes, elle est vue un peu comme une pute ».
Elle ne cesse de brocarder les hommes qui brandissent invariablement le mot « respect » ou « honneur » pour justifier les entraves qu'ils mettent aux femmes. Ces dernières sont d'ailleurs considérées comme mineures et dépendent d'un Wali, un gardien. « Le terme donne une idée de ses attributions » et de son pouvoir discrétionnaire.
« C'est peut-être que chez vous il n'y a rien de vraiment sacré, d'intouchable. »
Cette série d'anecdotes judicieusement assemblée, permet de se faire une idée du quotidien et des aspirations d'une certaine frange de la population yéménite, mais pas seulement. Intisar confronte aussi son lecteur à des questions d'un autre ordre. Notamment lorsqu'elle se demande pourquoi, au nom du principe de précaution, le gouvernement britannique a annulé tous les vols Londres-Sanaa. « D'accord, un nigérian a été repéré avec une bombe à Amsterdam, mais quel est le rapport ? C'est d'une logique implacable pas vrai ?»
Son incompréhension est la même quand la grande majorité des européens a défendu la publication des caricatures de Mahomet. Même si elle condamne les déferlantes intégristes que cela a provoqué, elle se demande réellement ce qu'on y gagne. « C'est peut-être que chez vous il n'y a rien de vraiment sacré, d'intouchable. Ou peut-être qu'en fait ce qu'il y a de vraiment sacré c'est la liberté d'expression... » Des réflexions qui méritent qu'on s'y attarde.

Cet ouvrage est la synthèse de 40 entretiens dont Intisar est l'aboutissement. Ce personnage fictif cristallise tous les écueils (bien réels ceux-ci) auxquels doivent faire face les femmes yéménites. Attention, qu'on ne se méprenne pas ce livre n'est nullement misérabiliste, au contraire, il s'y dégage une lucidité et une ironie délicieuses.
Agathe Morier
M.I.A -Bad girls-
* Pedro Riera est né à Barcelone en 1965 et est diplomé en Sciences de l'information. En 1997, il est parti vivre en Bosnie-Herzégovine, où il a travaillé pendant deux ans comme producteur, réalisateur et scénariste des campagnes de télévision et de radio d'une organisation internationale. Il a écrit deux romans inspirés de son expérience dans les Balkans, Heridas de guerra (2004) et Un alto en el campo delosmirlos (2005).
** Dessinateur, scénariste de bande dessinée, et illustrateur, Nacho Casanova est né à Saragosse en 1972. Son fanzine Como Vacas Mirando el Tren a reçu en 1999 le Prix du Meilleur Fanzine du Saló Internacional del Còmic de Barcelone.



Les deux 'L' de mollahs, représentés par des minarets onduleux, sont comme la métaphore d'une théocratie sournoise. Puis il y a ce visage peu engageant d'un vieux type au regard torve
qui semble nous signifier que si nous décidons d'entrer 'au pays des Mollahs', on a tout intérêt à se tenir à carreau. Alors forcément on hésite un peu, effrayé à l'idée de devenir le spectateur
passif d'un pays insensé , muselé par la religion.
Cet OVNI littéraire est le fruit d'une performance menée à Beyrouth en avril 2009. L'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice libanaise Zeina Abirached furent
mis au défit de réaliser en direct et en public un roman-feuilleton de vingt-quatre épisodes. Ces trois jours de labeur devaient sonner le coup d'envoi du projet franco-libanais de réhabilitation
de la Maison jaune, symbole architectural et historique de la ville de Beyrouth.